A la table d'а cфtй 6 vielles dames mangent,
elles ont toutes au tour des 75 ans... elles racontent des souvenirs, vieux et rйcents.
Leurs robes de jeune fille, leurs dйjeuners avec leurs petites filles, oui,
celle qui va se marier, une fois c'est elle qui invite, une fois c'est moi...
dit celle au fond de la table avec grande fiertй. Chaque une raconte sa petite
histoire et, en suite, l'une d'entre elles sort le cailler oщ elle a
soigneusement notй les messages de celles qui ont tйlйphonй pour s'excuser de
ne pas pouvoir venir, et avancent une excuse une maladie au nom йtrange qu'elle
subit depuis quatre ans, l'une, l'impossibilitй de marcher, l'autre. Elle lit
avec grвce les petits rйcits qu'elle a soigneusement йcrit dans in franзais
soignй, gentil et doux, propre aux dames de sa gйnйration. La derniиre absente
argumente qu'elle a des ennuis avec les yeux.
- Tu te rappelles ? Dans le temps, elle ne
voulait plus venir а nos rйunions.
-Oui, elle voulait plus venir me voir, car
el vivait avec un homme
-Et ils n'йtaient pas mariйs.
-Maintenant on est prкt а tout.
- Et, а la fin, ils se sont mariйs?
La plus vielle, change de sujet. Elle porte un
chignon et est la seule а porter une robe, en soie chinoise rouge vif avec des
fleurs blanches, car les autres sont en tailleurs de grand-mиre dans des tons
beige, jaune pastel, blanc cassй, sable. Elle, dйterminйe, change le sujet en
annonзant qu'elle va lire une petite histoire pour ces amies, et commence :
Une vieille
dame s'arrкte un soir sur un restaurant d'autoroute.
Elle va au
self et prend une soupe chaude,
puis va
s'asseoir toute seule а une table.
Elle se
rend compte qu'elle a oubliй de prendre du sel.
Elle se
lиve, erre un peu dans le restaurant avant d'en trouver,
et retourne
а sa table.
Mais en
revenant, elle y trouve assis un homme, un noir,
qui plonge
sa cuillиre dans le bol de soupe et la mange lentement.
"Oh !
Il a du culot ce noir ! pense la brave dame.
Je lui
apprendrais bien les bonnes maniиres "
Mais elle
s'assied sur le cфtй de la table,
et
charitablement le laisse manger un peu de sa soupe.
Tirant un
peu le bol а elle, elle plonge sa cuillиre elle aussi,
cherchant а
partager au moins cette soupe avec lui.
Le noir
retire doucement le bol vers lui, et continue de manger.
La dame se
remet а le tirer lйgиrement vers elle, pour pouvoir y avoir accиs.
Et ils
finissent la soupe ainsi.
Alors le
noir se lиve, lui fait signe de patienter,
et revient
avec une portion de frites йnorme, qu'il partage avec elle, comme la soupe.
Enfin ils
se saluent, et la dame part aux toilettes.
Mais quand
elle revient, elle veut prendre son sac pour partir,
et dйcouvre
qu'il n'est plus au pied de la chaise.
"Ah !
J'aurais bien dы me mйfier de ce noir !".
Elle hurle
dans tout le restaurant, criant au voleur,
jusqu'а ce
que finalement on retrouve son sac,
posй au
pied d'une table oщ repose un bol de soupe refroidie...
son bol
auquel personne n'a touchй.
Celle qui a lu le cahier dit :
- Ah oui, moi j'en vois souvent, des noirs. Dans le train. Vous savez, dans mon
village il y a ce centre de rйfugiйs et je les croisse souvent dans le train.
Je suis toujours trиs gentille avec eux, car, imaginez vous si nos enfants et nos
petits enfant sont obligйs de partir vivre au Sudan.
Les cinq autres restиrent un instant immobiles comme des statues en la fixant.
Aprиs court silence gкnй les commentaires sur le dessert conduirent les vielles
dames sur un terrain moins scabreux.
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A la sortie, une femme un peu ronde mais trиs sportive, aux cheveux bruns et courts,
traverse devant la pharmacie а pas militaire, suivie de ce deux filles, aux
environs de 10 et 13 ans. Elle dit а l'aоnйe :
-Il vont te faire avaler un de ces gros machins.
La fillette rйpond :
-Ah bon, il est йnorme?
Nous nous йloignons sous ce ciel si beau, si clair, si frais, qui ne garantit
pas pour autant le bonheur de tout le monde.
