Je pense а elle.
Avec ses bottes blanches laquйes en dessus des genoux, ses shorts blancs qui couvraient juste la rondeur absolue de ses fesses (cousus par elle mкme а son cours de couture), sa petite blouse moulante а manches courtes couleur d'aigue-marine et sa casquette.
Elle avait droit de sortie seulement le dimanche, aprиs avoir laissй la maison impeccable. Elle devait avoir 21 ans et son corps йtait une statue d'йbиne chaud, solide et йlastique mi-pantиre, mi-chatonne. Elle йtait presque une esclave comme ses ancкtres, qui s'йtaient enfuis dans la jungle humide pour qu'elle puisse naоtre libre. Ses proches cherchaient de l'or en pйpites dans le lit de fleuves perdus et isolйs. Elle йtait venue dans cette ville lointaine pour travailler. On payait trиs mal les bonnes, et des noires y en avait а la pиle dans cette ville tropical, c'йtait encore pire que maintenant...elles ne savaient rien sur leurs droits, mais mon pиre lui payait des cours de couture.
Elle chantait tout le temps, des fois а l'unisson avec sa petite radio а transistors. Elle chantait des chansons tropicales oщ les tambours lui ramenaient ses racines qui, arrachйes а un autre continent, se sont accrochйes а ce nouveau sol fertile mais cruel.
Margarita avait le plus beau et tendre des sourires, ses dents blanches йtait rayonnantes de joie et sa voix, pure mйlasse, montait et descendait comme une montagne russe, remplissant l'air de rythmes ensoleillйs. Elle dansait en travaillant, et rкvait du dimanche, le plus beau jour de la semaine, oщ elle se faisait encore plus belle pour aller danser а des endroits oщ les noirs de la ville se rйunissaient pour faire la fкte. Elle йtait une princesse. Je grimpait sur le frigo pour lui tenir compagnie, pendant qu'elle nous faisait а manger, pour me faire bercer par son rythme et m'envelopper de sa tendresse.
