Margarita es partie un jour. On habitait dйjа а la capital. Je devais avoir 13 ans. Elle avait trouvй un mari l'un de ces dimanches de salsa. Un noir qui s'appelait Victor. Trиs noir et trиs solide. Je ne sais pas ce qu'il faisait. Elle а quittй notre maison pour aller travailler dans une usine textile et vivre dans un quartier dans le sud de la ville, la oщ habitent les plus pauvres. Je ne sais pas si elle avait une chambre ou un appartement. Elle, avec son mari. Je n'ai rien vu. On ne me permettait pas aller dans ces endroits. Ainsi j'ai perdu ma nounou avec toute la musique, la joie et la tendresse qu'elle trimbalait avec elle. Je l'ai revu quelques annйes aprиs, je n'habitait plus chez moi, je devais avoir 16 ans. Elle йtait toujours belle, mais elle avait souffert. Elle avait perdu une dent et son regard n'йtait plus ces braises noires qui te fixaient pleines de rire et de chaleur. Il йtait un peu fuyant, prйoccupe. Elle nous a prйsentй sa premiиre petite fille qui s'appelait Madelaine, qu'elle prononзait "Madйlaпnй". Un petit bout de charbon avec les mкmes yeux lumineux de sa maman et plein de petites tresses faites avec art.
Margarita m'appelait Yiyo, j'йtais remuante et aventuriиre, j'adorais apprendre et lire, comme maintenant je le suis а nouveau, aprиs 20 ans d'absence de moi mкme, а cause de ma venue en Europe. J'essayais de lui transmettre les choses que j'apprenais dans les encyclopйdies ou а l'йcole, de lui apprendre des choses pour qu'elle ne soit plus notre "bonne", car кtre bonne chez nous c'est presque кtre une esclave.
Je pense а elle.
